avoir une idée bien nette du but et des résultats de l'archéologie. Personne n'a jamais «admiré» démesurément les bas-reliefs satiriques des cathédrales. Il s'agit d'en scruter le sens, de le pénétrer et d'ajouter quelques pages utiles à l'histoire des siècles antérieurs. Que vient faire le «Parthénon» en regard des figures satiriques des monuments religieux? Existe-t-il un écolier assez naïf pour opposer Phidias à d'humbles sculpteurs qui n'avaient pour règle qu'une symbolique confuse, pour gouverne que les caprices de leur imagination? Qui a présenté ces spectacles comme «agréables à l'œil et divertissants pour l'esprit?» Il est réellement trop facile de combattre le spiritualisme effarouché qui se fait jour à travers les plaintes de l'honorable universitaire. «Ce qui arrête et fixe trop nettement les formes, ajoute-t-il, n'est pas propre à l'expression du ridicule, car les arts plastiques vivent de beauté et l'expression des ridicules est un commencement de laideur. La véritable place du grotesque n'est donc pas dans les œuvres de la sculpture et de la peinture, mais dans les rapides dessins d'un spirituel et malin crayon.» De nos jours, où la caricature est exclusivement cantonnée dans les petits journaux, je n'ai pas encore rencontré d'architecte appelé à bâtir une église moderne qui ornementât la façade et les chapiteaux de magots et de figures bouffonnes. L'art, tel que l'étudient les archéologues, n'a rien à voir avec le contrôle des esthéticiens. Les manifestations du Beau sont étudiées, mais avec la même balance qui pèse le Laid. L'archéologue n'enseigne pas, il constate. La sérénité, la pureté des lignes dans les œuvres d'art lui semblent sans doute préférables à l'expression du grotesque; il n'en recueille pas moins précieusement ces formes grimaçantes qui donnent peut-être une idée plus exacte et plus vive des mœurs, des coutumes et des usages du passé, qu'un pur et noble contour. II Depuis la fin de la Restauration, époque à laquelle l'archéologie posa ses premiers jalons, de nombreuses affirmations contradictoires et empreintes d'exagération furent portées devant un tribunal où ne devrait siéger que l'impartialité. Je me suis efforcé de ramener à leur juste valeur les affirmations de partisans d'un symbolisme effréné; il fallait nettoyer le terrain de polémiques sans résultat entre ceux que plaisamment Voltaire appelait «antiquaires à capuchon» et d'ardents esprits qui ne regardent les faits qu'à travers la lunette révolutionnaire. Ce serait toutefois faire acte d'énorme vanité que de prétendre avoir raison, seul, dans les matières si controversables de symbole, d'emblème, d'allégorie, qui ont donné naissance à ce que les uns appellent symbolique chrétienne indirectement dogmatique; les autres, iconographie hiératique; certains, langage figuratif et populaire. Si l'analogie était une science, elle devrait être le plus utile instrument au service de l'archéologue. Les monuments des divers siècles, mis en regard, fournissent tout à coup des lumières inattendues; mais il faut avoir beaucoup vu, beaucoup voyagé: il est bon surtout de consulter sans cesse des cartons bourrés de dessins, car en archéologie l'image prime le texte. Pour prendre un exemple, on peut comparer les dessins des manuscrits d'un Térence du neuvième siècle avec certaines figures du _Roman de Fauvel_, du quatorzième siècle. [Illustration: Figure détachée d'une miniature du _Roman de Fauvel_ (XIVe siècle).] Il y a là certains rapprochements curieux à établir avec ces masques d'élément païen; mais l'inspiration chrétienne, quoique confuse au début, se dégagea bientôt de ces ressouvenirs; les masques des anciens n'influencèrent que médiocrement les auteurs des mascarons des édifices gothiques. Par une sorte de génération spontanée dont les produits grouillent à l'ombre des monuments comme des vers dans un coin de terre humide, ces larves informes s'agitent, dressent la tête, remuent la queue, commencent par ramper au...
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Logan Hill
2 months agoBased on the summary, I decided to read it and the character development leaves a lasting impact. I couldn't put it down.